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Après l’incident Mennucci, ça gronde dans les quartiers

Ségolène Royal n’en aura rien su. Elle est passée à la vitesse de l’éclair des flashes, mardi, dans Marseille. Lors de sa première visite de terrain pour soutenir François Hollande, elle n’a vraiment échangé qu’avec micros et caméras avant le meeting du soir. Elle n’aura donc pas perçu les cris de colère montant des quartiers adressés par des responsables d’associations à cette manière de faire de la politique, distante et éloignée des réalités du terrain.

 

Après l'incident Mennucci, ça gronde dans les quartiers

Ségolène Royal et Patrick Mennucci et une soixantaine de journalistes, au pas de charge dans Marseille, mardi, passent ici devant la boutique d'Ali Chaf et de Jilali Mahachbi, rue Nationale, à Belsunce.

Ils sont vingt-cinq responsables de grosses associations marseillaises assis en cercle dans cette salle blafarde et dépouillée de Félix-Pyat. A trois kilomètres à vol d’oiseau du centre culturel arménien où Ségolène Royal fait son discours. On est ici dans l’un des secteurs les plus pauvres de la ville. Vingt-cinq patrons de grosses structures associatives ont choisi de s’y retrouver. Ils viennent d’Air Bel, de la Cayolle, Consolat, Saint-Marcel, Saint Antoine, du centre-ville, de tous les quartiers de Marseille où l’on souffre du chômage, de cités dégradées et sous-équipées, d’écoles ghettoïsées. Et depuis vendredi, ces hommes-là ne décolèrent pas. Depuis ce jour où le candidat socialiste aux législatives dans les 1er, 2e et 3e arrondissements, Patrick Mennucci, s’est vu prendre à partie par un groupe de Félix-Pyat et « en a fait tout un fromage ».

 

« Il distribue des carottes aux ânes »

 

« C’est très grave ce qui s’est passé. Ce candidat arrive chez nous avec arrogance, dit gravement Moussa un quadra quinqua noir ébène. Il se croit en terrain conquis parce qu’on a toujours voté à gauche, et il s’entoure de gros bras venus notamment du 15/16 pour nous distribuer ses papiers. » Son  voisin le coupe et va droit au but : « C’est la gauche caviar, qui ne travaille pas sur le terrain mais vient chercher nos voix aux élections. » Un autre : « On nous promet emplois, logements, subventions qu’on nous donnera au compte-goutte après les élections ». « Ou qu’on ne nous donnera pas, intervient Chahib, car moi, en dehors de la subvention, qui diminue d’année en année, je n’ai rien vu venir. »

 

Le réquisitoire est implacable. Et il va rebondir ainsi de place en place deux heures durant, chacun l’enrichissant de son expérience personnelle. « Moi, j’ai été convoqué à la mairie de Mennucci. J’ai entendu des propos choquants comme : « Tu te crois au Maroc ou en Tunisie ? » Ou encore : « Tu penses que ces bougnouls vont voter pour nous ? » « Il m’a dit : « Je te fais rentrer 12 personnes à la CUM, je peux te faire avoir un appart’. Il distribue des carottes aux ânes. » « On se moque de nous. Nos petits sont dans la rue et n’ont même pas une salle pour se réunir et ces politiciens achètent le malheur des gens. »

 

« Personne n’a dit : ici, c’est à Guérini »

 

Régulièrement la discussion revient sur la journée de vendredi. « Moi je suis pas convaincu que Patrick (Mennucci) n’a pas envoyé deux, trois gars lui jeter des tomates. Trois minutes après les photographes étaient sur place. Nous, quand on demande à un journaliste de venir, il faut attendre des semaines. »

 

Sans parler de montage ou de coup monté, tous les responsables d’associations présents considèrent que l’on a donné une importance démesurée à un incident qui ne fait que traduire l’exaspération des gens : «  Personne n’a dit « ici, c’est à Guérini ». C’est un mensonge ! Mais les jeunes ont crié leur ras l’bol parce que ces politiciens de gauche ou de droite qui sont en haut ne font rien pour nous qui sommes en bas. Pensez qu’à Félix-Pyat nous vivons dans le périmètre de la plus grande opération de restructuration urbaine d’Europe, Euroméditerranée, et que pas un de nos jeunes n’est embauché sur ce chantier. 60% des 18-25 ans sont au chômage et vous voulez qu’on trouve ça normal, qu’on leur dise merci quand ils viennent chercher nos voix ? » Tout le monde approuve et applaudit Jean-Luc, qui parle sans crier, mais avec une grande lassitude dans la voix.

 

Les uns et les autres font état d’autres incidents survenus à  la Belle de Mai, à la Villette, à Noailles. « Quand Hollande a été enfariné cela a donné des idées aux gamins. » Et lorsqu’on leur oppose le nom de Guérini, une éventuelle provocation de son frère, ils s’insurgent : « C’est vrai qu’on n’est pas d’accord avec le choix des candidats fait depuis Paris mais Jean-Noël Guérini n’a rien à voir là-dedans, Alexandre non plus. » Même si plusieurs de ces responsables d’associations travaillent au département ou dans des structures satellites ?

 

Que veulent-ils d’ailleurs ? La réponse fuse : « Un vrai projet économique, social et politique pour les quartiers. Et- qu’on arrête de se servir de nous, qu’on nous prenne pour les interlocuteurs représentatifs que nous sommes. Sinon … » Sinon ? « Sinon, on peut mobiliser les quartiers contre ces candidats qui se moquent de nous et ne s’occupent pas de nos vrais problèmes, Mennucci mais aussi Jibrayel. »

 

Mardi soir, on s’est d’ailleurs quitté là-dessus : la promesse de monter « un collectif d’associations » pour porter la parole des quartiers en souffrance. Rendez-vous a été pris pour le 20 février « avec un projet et un ordre du jour. »

 

Les plus anciens se souviennent qu’une démarche du même type n’avait pas abouti lors d’élections précédentes. « On est toujours énervé avant les élections mais après ça fait pschitt parce qu’ils nous tiennent par les subventions. Si j’ai pas la subvention,  je suis mort. » Chahib, le sait, mais, cette fois, dit-il, il est bien décidé à aller jusqu’au bout, « parce qu’ici, ce sont les politiques qui se comportent comme des voyous et que les quartiers n’en peuvent plus. Ca va craquer. »

 

 

1 Réaction à cet article

  1. Je suis responsable d’une association dans les quartiers Nord. Les propositions mafieuses de certains élus je les ai moi aussi entendu, aujourd’hui je dis STOP ! On ne marche plus et il faut que dans tout Marseille tous ceux qui bossent pour l’intérêt général et pour leur quartier n’acceptent plus ce chantage au racolage de voix électorales. Il y a même des responsables d’associations qui jouent le jeu de ces élus pour quelques cacahuètes que ces élus leur donnent, sont près à casser d’autres associations qui ne veulent pas faire "rouler pour eux". Je constate qu’on s’organise et qu’on se réveille dans les quartiers, c’est bien… Je fais déjà partie d’un collectif d’associations donc allions nos forces dans tous les quartiers populaires de Marseille du Nord au Sud en passant par le centre bien sûr. Organisons nous, il faut aujourd’hui qu’ils arrêtent de se servir de la misère de ces quartiers pour leur intérêt personnel et celui de leur famille ou descendance au détriment des citoyens de ces quartiers populaires tant discriminés !!!