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Au MuCEM bat le coeur d’une capitale euroméditerranéenne

Il a été le point de départ de l’année capitale européenne de la culture lors du week-end des 12 et 13 janvier. Et en perpétuera un souvenir vivant longtemps, longtemps après l’extinction des feux de la fête. Le MuCEM, dont l’ouverture intervient ce week-end, est la star de 2013. A juste raison. Car cet établissement unique en son genre, composé d’un fort du XIIe siècle, d’un cube enveloppé dans une mantille de béton noir, à l’entrée du Vieux Port, et de réserves installées au bas des quartiers nord, va devenir un haut-lieu de la vie marseillaise. Au MuCEM, devant lequel s’allonge les files d’attente, bat désormais le coeur de Marseille, capitale euroméditerranéenne.

 

2013, année du MuCEM

Roland Carta et Rudy Ricciotti ont livré les deux bâtiments majeurs du MuCEM, le cube contemporain sur le môle J4 et le Fort Saint-Jean rénové et restructuré. Les équipes du nouveau musée national terminent l'installation des expositions avant la venue du président de la République, le 4 juin. (photo montage MuCEM)

Le MuCEM n’a rien d’un musée au sens classique du terme. C’est d’abord un site qui nous fait le cadeau de vues époustouflantes, à chaque visite renouvelées, sur cette ville mythique de Marseille. Du Lacydon de l’antiquité aux paquebots géants et aux tours de la modernité. Un majestueux point de vue. Au sens propre comme au figuré.

 

Lieu d’exposition, de rencontre et de débat

 

A travers une déambulation partant de la place de la Tourette au pied de l’église Saint-Laurent, plongeant dans les entrailles médiévales du Fort, désormais relié à la ville par une passerelle, remontant au cœur d’une toute jeune oliveraie élevée aux embruns, et s’étourdissant dans la descente d’une ziggourat de verre et de béton, où l’ombre et la lumière jouent avec nos rêves et la réalité, ce Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée invite à nourrir et à renouveler les regards portés aussi bien sur le passé des Méditerranéens de toutes ses rives, que sur le monde contemporain tel qu’il s’y développe aujourd’hui.

 

Le MuCEM a bien failli, et à plusieurs reprises, ne jamais voir le jour depuis qu’il en a été question au début des années 2000. Mais, passons, puisqu’il est là. Né de la décentralisation du Musée des arts et traditions populaires, d’une partie des collections des musées de l’Homme, des Arts d’Afrique et d’Océanie et des Arts décoratifs, qui végétaient sur les rives de la Seine, il est dédié à la connaissance des sociétés de l’Europe, comme son nom l’indique, mais surtout de la Méditerranée. Il donnera à voir. Il adorera la controverse car il a été voulu par l’Association de préfiguration, comme un lieu de rencontre et de débat. Les espaces dédiés à l’auditorium, aux salles de réunion, de travail et pédagogiques, aux cafés, restaurants et boutiques ne sont d’ailleurs pas mineurs dans les 12 550 m² de surface utile puisque seulement 5 700 m² sont réservés aux expositions.

 

Bonne année du MuCEM

Le MuCEM mis en lumière par Yann Kersalé: du noir au bleu, de toute beauté!

 

 Cinq architectes au-dessus du berceau

 

Musée national et à ce titre placé sous l’égide du ministère de la Culture, le MuCEM a été cofinancé par l’Etat et les collectivités territoriales, ville de Marseille, conseil général des Bouches-du-Rhône et conseil régional Provence Alpes Côte d’Azur.

 

2013, année du MuCEM

Rudy Ricciotti

Le storytelling de l’établissement veut que Rudy Ricciotti, « pirate au sang chaud et au grand cœur », en soit le concepteur. Le Bandolais tire largement à lui la couverture dans les médias, souvent avec des mots inappropriés, telle cette déclaration à Toutma, en novembre 2012, où « l’archi rebelle » dit: «J’ai toujours refusé d’avoir la circonférence de la bouche au format exact de la bite du pouvoir. Je ne suis pas fellationniste par instinct mais onaniste par contrition mystique. » La réalité est moins obscène et plus complexe.

 

La conception et la conduite des travaux ont été confiées à deux couples d’architectes marseillo-provençaux : Rudy Ricciotti et Roland Carta pour l’ensemble nouveau bâtiment du môle J4 et Fort Saint-Jean ; Corinne Vezzoni-André Jolivet pour le Centre de conservation et de ressources de la Belle-de-Mai. Dans l’ombre, n’en déplaise à Rudy Ricciotti qui pique un coup de sang chaque fois que son nom est cité, un cinquième personnage a pesé fortement sur l’orientation du projet, il s’agit de l’architecte-urbaniste Yves Lion. Chargé de dessiner l’ensemble de la  Cité de la Méditerranée, rebaptisée Euroméditerranée, on lui doit notamment l’idée de ces cubes posés au pied du Fort Saint-Jean, sur le J4. Il en avait prévu trois, il ne s’en fait que deux : l’aile contemporaine du MuCEM de Rudy Ricciotti, et le CEREM, renommé à la mi-2012 Villa Méditerranée, dessinée par l’architecte milanais Stefano Boeri. Le troisième a été déplacé à la Belle-de-Mai.

 

Monumental !

 

Bonne année du MuCEM

Roland Carta, architecte prolifique, signe la restauration du Fort Saint-Jean

Le verbeux Ricciotti n’a à ce jour que de modestes réalisations à son actif, dont le Pavillon noir à Aix-en-Provence (centre chorégraphique) et le Pavillon blanc à Colomiers (médiathèque) sont emblématiques d’une créativité qui se veut « hors de toute école et imprévisible ». Le taiseux Roland Carta, petit-fils de maçon lui aussi, de racines italiennes alors que son compère est né en Algérie, catholique et franc-maçon, aligne, lui, une impressionnante série de productions aux budgets lourds qui fait pâmer d’envie la concurrence, tels les hôpitaux Euroméditerranée de Marseille, Pasteur de Nice, Sud de Grenoble, des quartiers entiers de bureaux et de logements, la salle de spectacle Le Silo et bientôt Le Balthazar, la deuxième tour d’Arenc. Très différents mais se faisant mutuellement confiance, les deux architectes, qui n’en sont pas à leur premier chantier commun et qui n’ont emporté celui-ci que d’une voix, accouchent d’un double chef d’œuvre. Vraiment. Le jury de concours n’aura aucun remord.

Roland Carta a principalement travaillé sur le Fort Saint-Jean dans une double approche de respect de la longue histoire des lieux et de confort du visiteur, enfin admis en leur sein, avec la complicité des paysagistes de l’Agence APS. Rudy Ricciotti a réussi à donner libre cours à son imagination dans le corset ficelé par Yves Lion de 72 m de côté. L’ensemble forme un foyer de culture où tout le monde aura plaisir à flâner. Une véritable « cité culturelle ».

 

Si la programmation, au-delà de 2013, est à la hauteur des lieux, ce que rien à ce jour ne garantit -voir ce qu’est devenue la Vieille Charité- le MuCEM ouvrira un nouveau chapitre de l’offre muséale nationale, reléguant à quelques années lumière le Louvre de Lens (qui a échappé à Rudy Ricciotti) ou le Centre Pompidou de Metz. Mais quoiqu’il advienne lorsque les dirigeants actuels, Bruno Suzarelli, directeur général et Thierry Fabre, responsable de la programmation, auront (bientôt) passé la main, il restera aux Marseillais un site et des bâtiments remarquables, magnifiquement mis en valeur par des équipes de grand talent.

 

Que 2013 ne nous laisse que cela en héritage sera déjà monumental.

 

Bonne année 2013 du MuCEM

Le Fort Saint-Jean tel qu'on va le (re)découvrir

2013, année Carta

Année du MuCEM, 2013 est aussi une belle année pour le Marseillais (né à Digne), Roland Carta. Cet architecte envié qui a décroché ces vingt dernières années des commandes publiques en veux-tu, en voilà, livre, à Marseille, rien moins que deux musées, un hôpital et plusieurs immeubles de logements et de bureaux.

Après la rénovation et la restructuration du Fort Saint-Jean, il a été le lauréat du concours pour la transformation du Musée d’Histoire, au Centre Bourse. Il livre également cette année l’hôpital de la Méditerranée, issu du regroupement de Desbief et d’Ambroise-Paré.

Bref, pour lui tout baigne? Non, car l’homme a un appétit d’ogre pour son bureau d’une trentaine de personnes  et se remet difficilement de n’avoir pas été retenu pour le Stade Vélodrome, sûr d’avoir remis le meilleur projet. Surtout, il a mal à son ego d’être un bâtisseur en manque de reconnaissance. Connu et apprécié dans son milieu, cet archi-là n’est pas très médiatisé. Mais est-ce si important?