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Science et bien-être, nouvelles frontières des sectes

Les hommes changent, les sectes s’adaptent, c’est le constat que fait Didier Pachoud, retraité de la SNCF qui, du fond de son bureau de la rue Espérandieu (cela ne s’invente pas), observe minutieusement l’activité de celles-ci à Marseille. Depuis 23 ans. Désormais, c’est surtout par la porte de la science et du bien-être que les mouvements sectaires infiltrent et séduisent les consciences. Didier Pachoud et son association, le Gemmpi (*), ont confié aux Ateliers de l’image et du son la réalisation d’un DVD de prévention.

didier pachoud fondateur du gemmpi

M. Didier Pachoud, fondateur du GEMMPI, lutte, à Marseille, contre l'emprise des sectes sur les individus depuis 23 ans

 

« L’homme moderne ne croit plus en dieu, il croit en tout. L’idole, c’est l’homme, dieu est en soi. » Alors les propositions magiques pullulent. « Chacune de nos pensées a une influence directe sur tous les êtres vivants », annonce l’éditorial de ce magazine édité en Avignon à 60 000 exemplaires, qui invite à découvrir « les ressources d’une nouvelle médecine, affranchie et écologique, intégrant les forces invisibles». Les trente pages qui suivent sont bourrées d’annonces plus prometteuses les unes que les autres. Ici, c’est l’Ecole « de design humain », qui propose des week-ends à travers la France, là c’est le « Quantum touch » dont la pratique « accélère le processus de guérison », ou encore ce « remède miracle pour l’intestin » qu’on se procurera auprès d’un certain … Docteur nature.

 

« Ces coaches de vie prétendent mener à l’absolu »

 

Didier Pachoud suit l’évolution des sectes pas à pas. « Les mouvements de type religieux qui annoncent la fin du monde existent encore, notamment dans les quartiers pauvres, mais ils sont en régression. La tendance est à la confusion entre médecine, thérapie, psychologie, entre science et spiritualité. » Certains n’hésitent pas à utiliser la figure d’Einstein pour mettre en avant leurs propositions.

 

La cible est toujours la même : « Les formateurs de vanités, ces thérapeutes et coaches de vie qui prétendent connaître les chemins de l’absolu pour résoudre tous les problèmes en veulent à votre argent ou à votre désir sexuel, » explique Didier Pachoud, qui cite cette secte étrangère dont l’«épreuve secrète » mène à « l’orgasme urinaire ». Les adeptes sont filmés.

 

Toutes les offres ne présentent pas le même caractère de nocivité. « Les unes sont anodines mais certaines sont très dangereuses ou animées par des escrocs, ou  combinent les deux. »

 

Une charte des praticiens du corps et de l’esprit

 

Pour mettre en garde, pour prévenir et protéger notamment les enfants, le GEMMPI multiplie les conférences comme celle qu’il donnera, le 8 décembre, à la Cité des associations (**) avec la Ligue de l’enseignement et la Fédération des amis de l’instruction laïque. Il diffuse aussi largement le DVD de quatre vidéos jouées par des acteurs professionnels pour exercer l’esprit critique, « Des sectes qui n’en ont pas l’air », produit avec les moyens et le savoir-faire des Ateliers de l’image et du son (***). Il abonne à un journal tiré sur papier à quelques centaines d’exemplaires, consultable gratuitement sur internet (www.gemmpi.org) et organise un colloque avec l’ordre des médecins, à la Timone, propose des interventions dans les lycées et les institutions.

 

Pour débusquer ces « nouveaux gourous qui vous servent leur science infuse de l’univers », le GEMMPI a rédigé une « charte des praticiens du corps et de l’esprit » (également disponible sur www.gemmpi.org). Envoyée à quelque 500 mouvements se signalant par de la publicité, elle n’est revenue signée que par une trentaine d’entre eux, ce qui aux yeux de Didier Pachoud marque encore l’ampleur du phénomène à combattre.

 

1 200 personnes aidées par an

 

« Débordé », comme il le reconnaît, le GEMMPI et sa vingtaine d’actifs, des retraités comme M. Pachoud, des avocats, psy, etc., développent une assistance aux personnes qui ont été embrigadées et veulent s’en sortir ou à leurs proches.

 

Ainsi travaillent-ils en ce moment sur les cas d’un garçon de vingt ans parti faire le djihad au Moyen Orient, d’une femme séduite par un gourou dans des cours de yoga, d’une autre dont les enfants ont été placés dans une secte italienne, enfin d’une étudiante de 22 ans sous l’emprise de pratiques shamaniques développées au moyen de la drogue ayahuasca. Derrière ces quelques lignes, la douleur est souvent immense, des familles brisées, des vies entre parenthèses.

 

Le Gemmpi porte assistance chaque année à quelque 1 200 personnes. « Mais l’explosion de la demande est telle qu’on travaille de plus en plus sur le fond, les principes et les mécanismes. »

 

 

(*) Groupe d’étude des mouvements de pensée en vue de la protection de l’individu, 26 A, rue Espérandieu (1er), BP 30095, 13192 Marseille cedex 20, gemmpi@wanadoo.fr, 04 91 08 72 22, 06 98 02 57 03.

(**) 93, la Canebière (1er).

(***) 40, rue Borde (8e), Tél. 04 91 76 23 64/06 20 34 35 89, Fax 04 91 30 66 89.