Non, à l’heure d’internet, les séminaires scientifiques ne sont pas obsolètes. Ces rencontres restent même indispensables pour faire progresser la science, comme vient encore de le démontrer le 1er congrès dédié aux biothérapies et cellules réparatrices organisé conjointement, à Marseille, par les professeurs Guy Magalon et Christian Chabannon. Des industriels, des chercheurs et des représentants des autorités régulatrices sont venus de Russie, d’Arabie saoudite, d’Egypte, des Etats-Unis pour échanger sur les nouvelles avancées présentées en amphi puis lors d’un atelier à l’hôpital La Conception.

Les congressistes assistent en direct à une opération de comblement de rides au moyen de cellules prélevées sur la même personne au niveau des genoux
Les thérapies cellulaires font progresser à pas de géant la chirurgie plastique et réparatrice. Les professeurs Magalon, directeur du service de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, brûlologie de l’hospitalisation publique et Chabannon, directeur de la biobanque du Centre anti-cancéreux Paoli-Calmette en sont convaincus. « Chaque cellule est une usine » et les chercheurs ne savent encore que peu de choses des immenses possibilités qu’ouvrent à la médecine les traitements mettant en œuvre les cellules humaines.
« Nous serons de plus en plus soignés par nos propres cellules »
Pour faire le point des techniques mises en œuvre, des outils mis à disposition des praticiens comme les machines à compter les cellules par exemple, et des règles en usage aujourd’hui au niveau mondial, les professeurs Magalon et Christian Chabannon ont organisé un première rencontre internationale dont les travaux se sont entièrement déroulés en anglais. Le premier a dirigé sur trois hôpitaux publics marseillais (Timone, Nord et Conception) un service regroupant toutes les composantes de la chirurgie plastique et réparatrice ainsi qu’un Centre de recherche hospitalo-universitaire sur la dermatologie esthétique et correctrice du vieillissement. Le second est directeur d’une unité de recherche en oncologie biologique au Centre anti-cancer Paoli-Calmette.
Partant de cette idée simple qui veut que « plus on mobilise de matière grise, plus la recherche progresse sur un sujet donné », ils ont offert l’occasion à des confrères de faire une sorte d’état des lieux des thérapies cellulaires dans les domaines de la chirurgie réparatrice et des thérapies immunitaires. « Une chose est sûre, nous dit Guy Magalon entre deux exposés, nous serons de plus en plus soignés par nos propres cellules quels que soient les maux dont nous souffrons.»
« L’avenir est sans limites »
Après une journée et demie en amphi, à la Bibliothèque Gaston-Defferre, le groupe s’est transporté à la Conception pour assister en direct à deux opérations très différentes : le comblement de rides du visage au moyen de cellules prélevées sur la même personne aux genoux, et la réduction d’une fistule anale à l’aide de 24 millions de cellules appréhendées dans les mêmes conditions.
Commentées en live par les professeurs Magalon et Chabannon, qui opéraient avec leurs équipes, ces interventions ont été analysées par les congressistes dans leurs différentes phases, prélèvement, traitement, culture et réinjection des cellules. A ce stade, la confrontation des points de vue des médecins, des représentants des industriels et des autorités régulatrices s’est avérée très enrichissante. « Nous sommes tous à travers la planète dans le vertige de la complexité de notre fonctionnement cellulaire. Faire se rencontrer de grands spécialistes qui n’auraient jamais eu l’occasion de discuter de leurs travaux, de leurs pratiques, des règles et des lois fait progresser tout notre communauté. »
Et c’est vrai qu’il régnait comme un climat jubilatoire dans les coulisses de ce congrès où manifestement chacun a pu trouver réponses à quelques-unes de ses questions, faire des trouvailles et s’approprier de nouvelles méthodes. « La recherche progresse vite. A Marseille, le Conseil général des Bouches-du-Rhône a financé une structure qui nous permet de développer des projets pour la sclérodermie (anomalie de la peau), le traitement de la maladie de crohn (inflammation intestinale), l’arthrose du genou (par réparation du cartilage évitant la prothèse) et demain dans bien d’autres directions. L’avenir est sans limites. »
La recherche française plus réactive ?
On ne parle ici que du travail sur des cellules adultes mais le congrès a enregistré avec satisfaction les déclarations de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui, au même moment, dans une autre enceinte, a annoncé une prochaine révision des règles de la recherche sur les cellules souches embryonnaires et des mesures pour raccourcir les délais de mises en œuvre des études cliniques à moins de six mois. L’objectif est de « renforcer la réactivité et la visibilité de la recherche française ». Guy Magalon et Christian Chabannon applaudissent. Ils espèrent qu’on en profitera pour harmoniser les législations encore trop nationales aux yeux de ces chercheurs, ce qui freine le partage des connaissances.



