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Villeneuve Bargemon grand théâtre du Lacydon

Marseille se découvre plus riche qu’elle n’est. La ville possédait un des plus beaux théâtres contemporains et ne le savait pas. Il aura fallu le succès populaire de la retransmission sur écran géant du Cid, à l’été 2011, pour que les 20 000 m² de la place Villeneuve Bargemon, conçue par l’architecte Franck Hammoutène comme « un cheminement, une halte, une perspective », s’avèrent constituer aussi une fantastique salle de spectacle à ciel ouvert. Le Festival « Scène à Bargemon » se donne dix spectacles et trois semaines, au passage du printemps à l’été, pour confirmer la révélation.

Villeneuve Bargemon grand théâtre du Lacydon

A l'été 2011, le Cid et Roberto Alagna avaient réuni quelque 8 000 personnes sur cette place Villeneuve Bargemon dessinée par l'architecte Franck Hammoutène

 

En 1999, quand l’architecte franco-algérien Franck Hammoutène, lauréat du concours d’idées lancé trois ans plus tôt, s’empare du site de Villeneuve Bargemon, il a pour mission de créer une extension à l’Hôtel de ville. Les élus et les services étouffent dans les murs épais aux pièces étroites du bâtiment construit par Gaspard Puget dans la seconde moitié du XVIIe siècle sur le quai du Port. Une nouvelle salle de délibérations est demandée, ainsi que des bureaux supplémentaires.

 

Merci au génial architecte Franck Hammoutène

 

Villeneuve Bargemon grand théâtre du Lacydon

L'architecte Franck Hammoutène

La créativité de Franck Hammoutène a été rendue publique par un immeuble en meulière transformé en bureaux qui lui a valu le prix de l’Equerre d’argent de la première œuvre (une sorte de Goncourt des jeunes archi). Il a ensuite appliqué sa recette du « dépouillement utilitaire » à tous ses chantiers : des logements à Bercy, l’atelier Renault sur les Champs Elysées, le musée de la Cité de la musique et l’église Notre-Dame-de-Pentecôte à la Défense. A Marseille, il réalise l’hémicycle qui lui a été commandé, enterré, sobre, confortable, les bureaux et le hall d’exposition qui vont avec. Mais ce qui titille son imagination, c’est l’espace au-dessus. Jouant admirablement de la topographie en pente, il va le mettre subtilement en scène. Et l’établir dans un rôle de lien visuel mais aussi de cheminement entre l’Hôtel Dieu, qui domine le site -bientôt transformé en hôtel 5 étoiles-, et le Vieux Port, entre le Panier et le Centre Bourse.

 

L’architecte, qui obtiendra une nouvelle Equerre d’argent pour cette réalisation, réussit, fait rarissime à Marseille, le mariage du minéral et du végétal. La pierre chaude, aux frontières du rose et de l’ocre, domine, dans sa lumineuse majesté, mais les platanes et les oliviers invitent le promeneur à la pause.

 

Les experts disent de Franck Hammoutène qu’il fait de la « non architecture ». Dans leur bouche, c’est un compliment. Façon de dire que son style ne fanfaronne pas mais s’efface pour mettre en valeur tous les atouts d’un lieu. Curieusement, celui qui deviendra par la suite le président de l’Académie d’architecture, n’a pas imaginé cette place Villeneuve Bargemon comme un amphithéâtre, ce qu’il a pourtant pratiquement réalisé. Il faudra la recherche d’un lieu, en 2011, pour la retransmission en live du Cid de Massenet, interprété par Roberto Alagna, pour qu’elle soit regardée et exploitée dans une nouvelle dimension.

 

De Louis Bertignac à Roberto Alagna

3 semaines de spectacles pour tous les publics

 

Le succès populaire du Cid en live, qui attira quelque 8 000 personnes, ajouté à la nécessité de remplacer le quai d’honneur dans sa fonction théâtrale en raison des travaux de piétonisation du Vieux Port, sont à l’origine du Festival « Scène à Bargemon », qui, cette année, prend la place de la Fête bleue.

 

Villeneuve Bargemon grand théâtre du Lacydon

Roberto Alagna était apparu sur la place Villeneuve Bargemon, l'an dernier, à l'issue de la représentation du Cid donnée sur la scène de l'opéra et retransmise en direct sur un écran géant monté près de l'Hôtel de ville; il y revient le 7 juillet en live cette fois

Du 17 juin au 7 juillet vont se succéder, sur la scène montée le long de l’Hôtel de ville, des spectacles gratuits de diverses natures. Les danseurs de la compagnie Julien Lestel ouvrent, dimanche 17 juin, et Roberto Alagna fermera, le 7 juillet. Entretemps auront défilé Louis Bertignac, Paul Personne et les artistes invités à célébrer les 30 ans de Radio star (mardi 19 juin) ; l’Orchestre philharmonique de l’Opéra de Marseille (jeudi 21) ; le ballet En Plata à la gloire du flamenco dans le cadre du Festival de Marseille (samedi 23, dimanche 24) ; Richard Bona et Mandekan cubano (mardi 26) en préface au Festival jazz des cinq continents (17-25 juillet) ; les lauréats du Conservatoire de musique Pierre-Barbizet (mercredi 27) ; le Ballet national de Marseille, avec Métamorphose tiré d’Ovide (vendredi 29) ; Sherlock jr de Buster Keaton, accompagné musicalement par David Oppeti, une projection offerte en prémisses au Festival international du documentaire (4 au 9 juillet) ; et, enfin, les plus beaux airs d’opéra interprétés par le tenor franco-italien Roberto Alagna, qu’accompagnera l’Orchestre philharmonique de Marseille.

 

Un ensemble volontairement éclectique pour faire découvrir à tous les publics les ressources insoupçonnées de ce lieu magique créé par le grand architecte Franck Hammoutène. Pour sa gloire et surtout pour le plaisir des Marseillais et des touristes, les plus grands festivals et organisateurs de spectacles marseillais vont se donner la main pour l’enchanter trois semaines durant. Un avant-goût de ce qui pourrait se passer tout au long de l’année prochaine lorsque Marseille sera officiellement capitale européenne de la culture. L’avenir de cette nouvelle salle de spectacle vaste comme un très grand Zénith dépendra aussi de l’accueil que réserveront les riverains au Festival Scène à Bargemon.

 

 

Villeneuve Bargemon grand théâtre du Lacydon

Christophe de Villeneuve Bargemon

Christophe de Villeneuve Bargemon, dont le nom a été donné à la place qui surplombe la salle des délibérations du conseil municipal, était issu d’une ville famille provençale d’origine espagnole. Nommé préfet des Bouches-du-Rhône après la défaite de Waterloo, en 1815, il fit édifier l’Arc de triomphe de la Porte d’Aix pour rendre hommage au Duc d’Angoulême, dauphin de Louis XVIII, après que celui-ci eut rétabli à Madrid le pouvoir de Ferdinand de Bourbon. Ce préfet « d’une valeur exceptionnelle », qui resta en poste à Marseille jusqu’en 1829, a légué aux historiens une Statistique et un atlas des Bouches-du-Rhône que ceux-ci exploitent encore. Christophe de Villeneuve Bargemon fut élu à l’Académie de Marseille en 1816.