
Chaque matin, le principal d'Anatole-France, Jean-Marc Meghoufel, accueille les élèves et l'on commence par échanger un franc "Bonjour"
Quand on lui demande comment il s’y est pris pour changer le climat dans et autour d’Anatole-France (6e), Jean-Marc Meghoufel, son principal, fait cette réponse comme une évidence : « Je travaille avec mes élèves comme j’élève mes enfants ». Ici on ne s’occupe pas seulement du savoir et de la réussite des collégiens, la transmission des valeurs humaines fondamentales est mise au cœur de tous les actes de la vie quotidienne. Et ça marche. Les familles qui, hier, fuyaient l’établissement, se jouent de la carte scolaire pour y inscrire leurs enfants. « Les gamins sont fiers d’être là. » On a fumé le calumet de la paix avec le quartier. Et la nation ne cache pas sa satisfaction: dans le bureau directorial trônent le témoignage de reconnaissance de l’Ordre national du mérite « aux collégiens et à l’équipe éducative » et un Trophée de la France libre.
Chaque matin c’est le même rituel : le principal est sur le pas de la porte du collège et échange un sonore « Bonjour » avec chacun des 360 élèves, qui doivent présenter leur carte d’identité scolaire pour franchir le portail. Pas besoin de cours de morale. L’apprentissage du respect de l’autre se fait naturellement. « Ici on ne jette rien par terre », fait remarquer Jean-Marc Meghoufel en marchant sur la cour immaculée où les enfants vont et viennent dans le calme avant de rentrer en cours.
Restauration réussie

Le principal est fier de la décoration de l'établissement, oeuvre des élèves et de leurs enseignants.
Il faut dire qu’ils ont été gâtés. L’établissement de 1926, dont les fenêtres donnent sur le bas du cours Pierre-Puget, a été entièrement refait par le Conseil général. De la belle ouvrage. Le style classique des vieux murs se marie bien avec les choix de verre et de métal que les architectes Biaggi-Maurin ont déployé pour moderniser la bâtisse, la rendre plus lumineuse et plus fonctionnelle. Longtemps attendus les travaux ont contribué à remettre ce collège de ZEP sur de bons rails.
Un changement nécessaire
Quand il en a pris la direction, en 2006, Jean-Marc Meghoufel a trouvé une situation très dégradée. Les relations avec le voisinage étaient désastreuses, les habitants du quartier, beaucoup d’avocats et de notaires, se plaignaient d’actes de vandalisme répétés. Les familles fuyaient, les résultats n’étaient pas au rendez-vous (taux de réussite au brevet inférieur de 15 points à la moyenne académique, 34% seulement de passages en seconde générale, sorties du système scolaire élevées). Pour redresser la barre, le principal et son équipe de 58 salariés, enseignants et personnels de service, ont joué sur tous les tableaux : l’exigence scolaire, la citoyenneté et l’insertion sociale.
La mémoire, les droits, les devoirs

Le drapeau tricolore flotte au fronton du collège Anatole-France: "Nous sommes fiers d'être Français"
Les parents ont été mobilisés, un café-parents a été créé qui a rassemblé une centaine de mamans dès la troisième édition et avec Espace pédagogie formation France un cours de français est proposé à celles qui ne maîtrisent pas notre langue. Un partenariat a été tissé avec l’Ordre national du mérite. Depuis janvier 2008, le collège est présent aux commémorations de l’évacuation du Vieux-Port de 1942. Un groupe a fait le voyage d’Yzieux, avec l’historienne juive Renée Dray-Bensoussan, un autre a accompagné le président du Conseil général à Auschwitz. « On travaille beaucoup sur la mémoire, notre histoire, nos institutions, nos droits et aussi nos devoirs », glisse Jean-Marc Meghoufel. Le drapeau tricolore flotte au fronton de l’établissement. « Nous sommes fiers d’être Français », dit ce pédagogue issu de parents algériens analphabètes qui ont donné au pays, outre ce principal de collège, un médecin généraliste, un professeur d’anglais, un dentiste et deux infirmières libérales ! Tous, venant de Mostaganem, ont grandi au Clos la Rose, bâtiment 19, là où l’an dernier un ado a été tué d’une rafale de kalachnikov. Il n’y a pas de fatalité.
Une aide aux devoirs, deux médiateurs
Avec l’aide de l’association Pacquam et d’étudiants que le collège rémunère, une aide aux devoirs a été mise en place dans les centres de quartier, par groupe de dix, deux fois par semaine. On travaille beaucoup sur la sécurité, le respect des voisins. Le Conseil général finance deux médiateurs. « La présence de l’autorité dissuade », relève le principal qui comptabilise avec bonheur la forte diminution des passages en conseil de discipline. Pas plus de deux par an et seulement deux exclusions définitives depuis cinq ans.
La confiance retrouvée
Les activités extra-scolaires ont été développées et diversifiées. Une association sportive est animée par deux profs juges arbitres, agrégés et certifiés EPS, parmi les meilleurs mondiaux en escalade. Un club de percussion travaille avec une association extérieure, une classe va chaque année à l’Opéra et le collège est support de la Chorale académique. Un club d’astronomie a aussi ses adeptes. Un jumelage avec un collège de Dakar est en préparation grâce au consul général du Sénégal qui scolarise ses deux enfants à Anatole-France.
Anatole-France, qui était sans doute l’un des collèges les plus mal partis de la ville, a retrouvé confiance.



