« Il n’y a pas très loin du crayon à la plume. » Ce constat fait, l’architecte Richard Carta a troqué la table à dessin pour un bureau d’écrivain le temps de coucher sur le papier un roman historique de 400 pages, Le jour du Safran, dont le projet remontait à ses années étudiantes sur les bancs de l’école de Chaillot. L’architecte spécialisé dans la restauration de monuments du patrimoine (*) n’avait sans doute plus rien à prouver ; un écrivain est né, dont l’éditrice marseillaise Jeanne Laffitte a tôt fait de repérer le talent.
Car il en faut du talent pour conduire une histoire aussi dense, plantée dans le décor trouble du Marseille de la Terreur, que le héros, Baptiste, fuira pour Londres « bondée et fétide », refuge de toutes les espérances. Et tenir la distance d’un vrai bon gros roman avec les expressions et les mots rares et le suspens qu’il faut, « dédié à tous ceux qui croient que chacun d’entre nous, malgré la folie des époques, peut tracer la ligne de sa propre destinée » . Ce que fait magistralement Richard Carta dans l’éblouissement de ses deux villes stars dépeintes à ce qu’il estime être leur apogée.
Roman à tiroirs
Le monde du Jour du Safran est en pleine mutation. Comme le nôtre. Et le parallélisme des climats des deux époques prend forme au fil d’un roman que Richard Carta n’a pas voulu à clés mais « à tiroirs ». « Les hommes de 1793 ne sont pas très différents de nous », assure l’auteur qui s’est gavé de chroniques et de témoignages publiés dans les années 1820-1840. La partie de boules en prison a vraiment eu lieu.
Les personnages sont, eux, sortis de l’imagination de l’écrivain. Mais ils portent les stigmates d’un monde grouillant de complots, de grandes et de petites lâchetés, d’actes héroïques et de bravoure aussi. « La révolution fait ses ravages avec les suspects, les déserteurs, les accapareurs et les policiers véreux. Les palais, l’or et les belles femmes changent de main, le nouveau régime interdit tout mais rien n’est impossible aux initiés. » Le mal rôde …
Frère de Fernand Pouillon en architecture, nourri au lait des romans épiques de Walter Scott (Ivanhoé, Quentin Durward) en littérature, Richard Carta fait une entrée lumineuse dans le roman historique. Christian Jaque, un maître, ne s’y est pas trompé qui lui signe une dédicace valant intronisation officielle dans ce genre hyperconcurrentiel.
Le Jour du Safran, 400 p., Editions Jeanne Laffitte, 22€.
(*) Tour de l’horloge à Salon, Hôtel du Poët à Aix-en-Provence, Fort Queyras, etc.)




