Toute une génération de Français originaires d’Arménie a fait de sa vie un combat pour la reconnaissance du génocide commis par l’Etat turc en 1915. Ces hommes et ces femmes-là avaient cru toucher au but lorsqu’en décembre puis en janvier les députés et les sénateurs avaient voté la pénalisation de la négation des génocides. Et puis patatras : les opposants à cette démarche qui reprochent au politique de piétiner les plates-bandes de l’historien, ont saisi le conseil constitutionnel. La loi pourrait être retoquée. Pire. Dans son élan, l’institution risque d’emporter aussi la loi Gayssot, qui réprime les propos racistes, antisémites et xénophobes, et le texte de 2001 portant reconnaissance du génocide arménien! L’heure est donc très grave. Et personne, jeudi soir, n’avait la tête à la fête lors de la soirée annuelle du Conseil consultatif des Arméniens de France.
C’est Garo Hovsépian, membre de la communauté, patron d’un centre culturel arménien et maire de secteur socialiste dans les 13e et 14e arrondissements, qui a donné le ton. « D’une semaine à l’autre, nous vivons un mauvais feuilleton que la cause ne mérite pas. » Et tout le monde est déçu. « Mais le combat continue », lance avec foi le président de la communauté urbaine, Eugène Caselli , qui rappelle combien la communauté arménienne ne mérite pas ce sort-là, « elle qui est un modèle d’intégration et qui n’a jamais sacrifié ses particularismes aux nécessités de l’intégration. »
JN Guérini : « Je me sens Arménien »
Se faisant désormais le spécialiste du contrepied, le président du Conseil général, Jean-Noël Guérini, qui fait l’une de ses rares sorties publiques, demande à ce qu’on range les mouchoirs. « Pour moi, c’est une victoire, et on ne va pas nous la voler », dit-il avant de clamer à la manière d’un Kennedy devant le Mur de Berlin : « Après ce vote historique, je me sens Arménien ».
Jean-Claude Gaudin, lui, est en colère. « Eurocopter est intervenu, l’ambassadeur de Turquie nous a écrit personnellement : tout ceci est intolérable, inacceptable. » Mais le plus grave est, bien sûr, la saisine du Conseil constitutionnel. « Elle nous inquiète ».
Alors, n’y a-t-il plus d’espoir ? « Si, rétorque le Sénateur Maire de Marseille, mais ne nous attendons pas à ce que le conseil constitutionnel valide la loi. Il faudra revenir sur la loi mais pas tout de suite et sans nous désunir. »
Attendre, encore attendre, certains sont las de ce régime. Mais ils s’y résoudront car il n’y a malheureusement rien d’autre à faire. Sauf à abandonner la bataille ce qui n’était pas dans les esprits, jeudi soir, au siège du CCAF malgré le lourd ressentiment.




