Les Arméniens de France sont dans l’impasse après le rejet par le Conseil constitutionnel de la loi Boyer de pénalisation du négationnisme des génocides. Pour en sortir, le journaliste et écrivain, Jean Kéhayan, l’une de ses grandes voix libres de toute attache partisane, appelle la communauté et les politiques à ouvrir le débat avec la Turquie. « Nous sommes dans un défaut de dialogue avec ce grand pays d’importance géostratégique majeure», constate-t-il à regret.

A 68 ans, Jean Kéhayan ne désarme sur aucun front. Redevenu Président du Club de la presse pour sauver celui-ci du naufrage, il manifestait, samedi, contre le massacre des opposants syriens au régime de Bachar El Assad
« Le rejet était prévisible. » Jean Kéhayan n’est pas en colère, il est seulement consterné. « La cause arménienne mérite mieux qu’une loi arrivée en pleine période électorale, fortement soupçonnée de servir d’abord la pêche aux voix. Robert Badinter avait prévenu qu’elle était anticonstitutionnelle. On a eu grand tort de crier, « On a gagné, on a gagné », après le vote du Sénat.»
Etranger à toute thèse révisionniste, ce fils de chrétiens d’Anatolie poussés à l’exil par le génocide de 1915, est orphelin d’un grand débat avec les Turcs. « Nicolas Sarkozy aurait pu le favoriser en début de mandat. On aurait réuni des historiens des deux camps sous l’égide de l’Unesco et tout mis sur la table avec les Turcs : le génocide, Chypre, la Grèce, les droits de l’homme et l’entrée dans l’Europe… »
Reprochant aux responsables de la communauté arménienne de Marseille d’avoir fait de la lutte contre le négationnisme un « fonds de commerce », et aux politiques de gauche et de droite d’« instrumentaliser » cette communauté, Jean Kéhayan estime qu’il n’est pas trop tard pour changer de posture. « Je suis en contact permanent avec des intellectuels turcs. Les choses bougent. 30 000 d’entre eux ont signé un texte demandant pardon aux Arméniens. Le tabou est tombé à l’intérieur de la société turque. C’est un événement considérable dont il faut se saisir pour avancer. »
Au passage, il égratigne Marseille espérance, cette réunion des chefs religieux autour du maire de Marseille, « qui aurait pu être l’instrument local de rapprochement des points de vue. Cette structure avait, elle aussi, capacité et autorité à organiser un colloque ouvert. Son silence n’est pas normal. »
Né en 1944, à Marseille, fils d’émigrés arméniens rescapés du génocide, Jean Kéhayan a été membre du Parti communiste, journaliste à la Marseillaise, puis au Provençal. Il a travaillé à Moscou, de 1972 à 1974, à l’agence de presse Novosti. De son séjour, il a rapporté Rue du Prolétaire rouge, écrit avec Nina Kéhayan, un témoignage qui a participé à la critique du système soviétique à l’intérieur même du PCF.




Il est tout à fait normal de soutenir la lutte contre le génocide arménien. Et je comprends très bien l’attitude de Jean Kéhayan vis à vis de ses origines. Ce qui l’est moins, c’est de se servir du fait qu’il est maintenant président du Club de la Presse pour faire sa propre propagande. Même si ce dernier est plutôt tourné à gauche, un club de journalistes doit rester apolitique et non pas se servir de ses prérogatives pour avoir une tribune et faire passer ses idées. Ce que Jean Kéhayan a tendance à oublier.