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Renaud Muselier prend ses distances dans la majorité municipale

Survenant au bout d’une période d’abstinence de plus de trois mois, au lendemain de la longue séquence -réussie- des primaires socialistes et au beau milieu d’une actualité forte en sujets qui fâchent, le conseil municipal de lundi s’annonçait chaud bouillant.
Il l’aura été … où on ne l’attendait pas. Car ce n’est pas à gauche que le feu a pris mais à droite, au cœur de l’équipe de Jean-Claude GAUDIN, quand Renaud Muselier a fermement fait entendre sa différence sur le dossier des Calanques. Et emmené une dizaine d’élus sur le chemin d’une abstention critique. Sans le doigté du sénateur maire, qui n’est jamais si à l’aise que lorsque les débats quittent la technique pour investir la politique, sa majorité implosait.

 

Voilà vingt ans qu’on cherche le moyen de protéger l’avenir des calanques. Selon le député Guy Tessier, président du Groupement d’intérêt public porteur comme d’une croix du projet de classement en parc national, celui-ci a déjà donné lieu à 250 réunions et 600 heures de débat. Pas suffisant apparemment car pour son collègue Renaud Muselier « à l’heure où s’ouvre l’enquête publique, de nombreuses zones d’ombre subsistent. »

 

La crainte de Calanques  déshumanisées

Il est évidemment plus facile de créer un parc naturel dans le Mercantour ou sur les flancs des volcans d’Auvergne qu’aux portes de la deuxième ville de France, où les pêcheurs, les chasseurs, les plaisanciers, les marcheurs, les plongeurs et les grimpeurs, sans compter les cabannoniers ont leurs habitudes.

Entre les usages des uns et les exigences écologiques des services de l’État qui voudraient faire de ce nouveau parc national un totem du développement durable, le randonneur Guy Tessier a trouvé  un chemin de crête.

Mais comme souvent en pareil cas, le mi-chemin est proche du mi-chèvre, mi-chou, qui ne satisfait personne. Et ça grogne de partout.

 

Renaud Muselier, conseiller municipal et député UMP de la 5e circonscription.

Lundi, à l’heure de voter le projet soumis dès le jour même à l’enquête publique, Renaud Muselier s’est fait l’interprète de tous ces Marseillais qui s’inquiètent de voir cet espace exceptionnel des calanques « devenir une rade sans vie, un sanctuaire déshumanisé dont ils seraient exclus ». A la surprise générale, le député UMP de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, s’est abstenu.

« Pour ne pas mettre la poussière sous le tapis en cachant les craintes sous la délibération. »

Quelque chose de cassé dans l’équipe Gaudin

La gauche, surprise, l’a aussitôt accusé de chercher la « posture » politicienne par la voix de Patrick Menucci. De se forger à bon compte, sur le dos de toutes les autres forces politiques pour une fois unanimes, une seconde armure de chevalier blanc (après celle de l’affaire Guérini). En vue des prochaines échéances ? Probable. Car Renaud Muselier pense très fort aux législatives de 2012. Il sait qu’elles seront difficiles pour la droite à Marseille, et pour lui en particulier, et il ne se voit pas partir au combat avec le handicap de l’armée des mécontents des calanques.

Alors il a pris les devants. Et il est sorti du consensus sur le point de se réaliser « pour protéger ceux qui s’inquiètent pour leur qualité de vie. »

 

« Absence de courage », a alors tonné Didier Réault, l’adjoint UMP à la mer proche de Guy Tessier, qui ajoutait parlant aussi pour celui-ci: « Si les primaires sont terminées chez certains, elles commencent chez d’autres. » Dans les couloirs, après le vote, Guy Tessier qualifiera Renaud Muselier de schizophrène et Lionel Royer-Perreaut, son directeur de cabinet, lui imputera une « faute politique ».

 

Jean- Claude Gaudin, pour sa part, a sauvé la face en invitant à admirer la belle liberté d’expression siégeant au sein du groupe majoritaire. « Si ce projet était facile, il serait adopté depuis longtemps », dit-il avec sagesse. Bien joué l’artiste. Ce coup de bonneteau verbal ne trompe pourtant personne : il y a quelque chose de  cassé au sein de la majorité municipale pour que l’une de ses figures tutélaires prennent ainsi un sentier de dissidence, même si concrètement l’abstention de Renaud Muselier et de la dizaine d’élus qui l’ont suivi, ne change rien au devenir du dossier des calanques.

 

En réalité, ce sont les motifs invoqués qui font mal : « On n’écoute pas les Marseillais ». Ils mettent en cause moins des choix politiques qu’une manière de gouverner. Patrick Menucci a qualifié à juste raison cette prise de distance de Renaud Muselier « d’événement politique », le terme de « rupture » étant à ce stade inapproprié.

Le conseil municipal était réuni lundi matin dans l'hémicycle de Bargemon.