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Des vœux «pour» la presse marseillaise

Tout au long du mois de janvier se succèdent des cérémonies lors desquelles des responsables de collectivités, d’entreprises, d’associations, de services divers et variés montent à la tribune pour souhaiter à leurs invités une bonne et heureuse année. Et surtout la santé… Les « vœux à la presse » sont une sous-catégorie du genre. Contrairement à ce que laisse à penser l’intitulé, le but dans ce cas, pour l’orateur, est dire ce qu’il attend personnellement des douze mois à venir et de le faire savoir dans la presse. Pas de former des vœux « pour » la presse. Dommage, car à Marseille celle-ci aurait bien besoin qu’on lui porte une attention autre qu’intéressée.

 

Voeux du président du conseil régional PACA

Michel Vauzelle et quelques uns de ses vice-présidents lors de la cérémonie de présentation des voeux "à" la presse

C’est Michel Vauzelle, qui a ouvert la série. Grand pratiquant des discours fleuves à dimension géopolitique, le président du conseil régional a, cette année, recentré son propos sur les enjeux nationaux et locaux. Elections présidentielle et législatives obligent. A la tête d’une coalition d’opposition gérant une région dont le bulletin de vote penche très majoritairement à droite, candidat à la réélection dans la circonscription d’Arles, il a prononcé un discours de combat. L’an dernier, il avait surfé sur le succès de l’opuscule « Les indignés ». En 2012, il passe de la résistance à l’offensive. Thèmes privilégiés : la sécurité et l’emploi. Michel Vauzelle affirme ainsi créer 10 000 emplois par an grâce aux 110 millions d’euros d’aide de la Région. C’est sans doute vrai. Mais pour avoir nous-même créé une entreprise en 2011 nous n’avons pas vu l’ombre ne serait-ce que d’une carte d’encouragement.

 

Des « militants citoyens » sombres, préoccupés

 

Passons. Et la presse dans tout cela ? Le président Vauzelle souhaite qu’elle « reste indépendante ». Et que les journalistes se comportent en « militants citoyens ». Il est alors plus de 14 h et plus que temps de rejoindre les buffets dressés dans la salle voisine … Emporté par son élan conquérant, il n’a pas remarqué combien les gens qui lui font face sont graves, préoccupés, peu diserts. Et pour cause, la presse marseillaise est malade.

 

La Provence vit un plan social qui ne dit pas son nom avec des effectifs journalistiques passés en quelques mois de 221 à moins de 200. Et l’hémorragie continue malgré des résultats financiers positifs. Le basculement de la ligne éditoriale vers le trash n’a produit que des pertes. En dépit du discours officiel, à fin septembre, les ventes de l’année tous canaux de diffusion confondus pointent à – 5,9% par rapport à la même période de l’année 2010, et les ventes au numéro à – 8,5% sur Marseille ; la perte de chiffre d’affaires publicitaire atteint 2 millions d’euros. Les espoirs des survivants de trois directions et deux actionnaires différents en quatre ans reposent maintenant sur un nouveau changement de propriétaire. Celui-ci  devrait intervenir au cours du semestre si les discussions engagées entre les Groupes Hersant et Rossel aboutissent.

 

La Marseillaise, dont les chiffres ne sont plus communiqués depuis longtemps est toujours dans une situation critique. Un appel à la générosité des lecteurs a été lancé à l’automne. Mais, qu’on l’apprécie ou pas, le quotidien ex-communiste ne brade pas sa ligne éditoriale, désormais considérée au-delà des sphères de la gauche. Alors que celle de La Provence ne crée plus rien son équipe a même trouvé la force d’alimenter son complément sur internet et les réseaux sociaux. On peut cependant s’interroger sur le choix d’un coûteux investissement rotatives alors même que celles de La Provence tournent au quart de leur capacité.

 

La Chaîne Marseille, qui perdait beaucoup d’argent sous la férule de Pierre Boucaud a encore fini dans le rouge en 2011, à – 300 000 €, malgré les efforts de gestion de ses nouveaux actionnaires marseillais. Ceux-ci ont jeté l’éponge. Une nouvelle équipe dirigeante se met en place avec cette fois, semble-t-il, un projet cohérent non seulement sur le plan financier mais aussi éditorial. « Fière d’être marseillaise » devrait être le nouveau slogan de la chaîne locale dont la vingtaine de salariés va tenter de relever le défi de l’audience : consultée seulement 10 minutes en moyenne par jour par quelque 70 000 téléspectateurs dans une aire géographique comptant deux millions d’habitants, LCM compte encore très peu dans le paysage médiatique.

 

A côté de cela de nouveaux media se lancent. Sur le papier comme Marseille + le mag, un bimestriel, mais surtout sur internet. Privés ou associatifs mais tous soucieux de leur indépendance, ils commencent à disposer d’une audience significative à l’image de notre site. Ils ne demandent qu’à grandir mais sont pour l’heure encore jeunes et frêles.

 

Le Club de la presse au bord du gouffre

 

Bref, la presse marseillaise est à l’image de son Club : au bord du gouffre. CeIui-ci  a dû quitter précipitamment ses bureaux, rue Breteuil, ne pouvant plus en payer le loyer. Et son équipe de direction est démissionnaire dans son entier ! Finalement, seuls les média d’Etat, radio et tv, qui vivent à la fois de l’argent public et des ressources publicitaires, s’en sortent. Et bien sûr les services de communication des collectivités financés par l’impôt mais de plus en plus aussi par la publicité. Pléthoriques et assez peu productifs ils sont présents sur tous les supports, y compris la vidéo.

 

 

Indépendance économique et éditoriale sont liées

 

De cette situation singulièrement sombre Michel Vauzelle aurait pu parler en d’autres termes que de vagues propos sur la nécessaire indépendance. Car il n’existe pas d’indépendance éditoriale sans économie viable. Les media d’Etat marseillais et provençaux ont résolu l’équation, sans faillir à leur devoir d’informer honnêtement, à l’écart du parti pris. Les collectivités pourraient donner à la presse locale le temps de s’adapter aux nouvelles lois du marché et technologies en l’assistant sans la pervertir. Des propositions pluralistes ont d’ailleurs été faites en ce sens aussi bien à Michel Vauzelle qu’aux patrons des autres collectivités territoriales.

 

La presse lorsqu’elle accomplit son devoir démocratique, en servant de manière équilibrée la réflexion, le débat, la diffusion des savoirs et la vie quotidienne communautaire est un outil précieux pour l’enseignement, l’insertion, le travail social, le vivre ensemble. Des propositions pluralistes ont été faites en ce sens au président Vauzelle ainsi d’ailleurs qu’aux patrons des autres grandes collectivités territoriales, que l’Education nationale et l’administration pénitentiaire, pour ne citer qu’elles, encourageaient. Il n’a pas été donné suite. Il n’est pas trop tard.