Marseille inaugurera en 2013 son musée d’Histoire. A la proue du Centre Bourse et du quartier commercial de l’hyper-centre, cette maison de culture sera emblématique de ce qu’est devenue la cité: un témoin pour partie à ciel ouvert du riche et tumultueux passé d’une ville monde ; un trait d’union entre une Histoire pleinement assumée et la modernité d’un des hauts lieux du tourisme européen. Ce Musée d’Histoire sera aussi à l’image de l’empreinte que veut laisser à la postérité Jean-Claude Gaudin, maire embellisseur à la longévité exceptionnelle.

Le Sénateur Maire invitait, lundi 16 septembre, l'Académie de Marseille et le Comité scientifique du musée d'Histoire à une visite de chantier. Il est ici aux côtés, de gauche à droite, de Roland Carta, Laurent Védrine, Roland Blum, en présence de nombreux élus du conseil municipal.
Marseille aime les records, alors disons-le tout de suite, son musée d’Histoire sera l’un des grands d’Europe dans la spécialité. D’une superficie totale de 6 500 m², lié à un site archéologique vieux de 26 siècles sur plus de 3 500m², il racontera la construction de la 2e ville de France depuis la grotte Cosquer jusqu’aux tours d’Euroméditerranée. « Chaque séquence du parcours du musée se déploiera autour d’un objet phare, d’une rencontre entre un grand témoin et des trésors singuliers qui permettront d’apprécier le destin hors du commun de la plus ancienne ville de France, explique Laurent Védrine, son conservateur. Toutes ces pièces raconteront les hommes et les femmes, inconnus ou célèbres, qui ont participé à l’histoire de la cité. »
Trait d’union entre la ville et son port
« L’orientation des travées perpendiculaires au port antique, l’installation des navires à la manière des arsenaux : tout rappellera le passé portuaire de la ville », souligne Adeline Rispal, l’architecte qui signe la scénographie du musée au côté de Roland Carta, l’architecte concepteur du projet. Elle précise : « Les mobiliers d’exposition seront constitués d’éléments modulables empilés à la manière de ballots sur le port. »
Au rez-de-jardin, l’objet majeur, cette épave romaine du IIe siècle découverte lors des fouilles de la Bourse, en 1974, sera installée de telle façon, entre le port antique, les remparts grecs, la voie romaine pénétrant dans la ville par une entrée monumentale et le musée, que le visiteur s’imaginera embarquer pour un voyage ultraméditerranéen. A partir de là, il déambulera de la cité antique vers la ville médiévale, longeant l’exceptionnelle basilique funéraire de la rue Malaval, « témoin des temps nouveaux du christianisme qui succèdent aux civilisations grecque et romaine », rappelle Laurent Védrine.
Puis Marseille devint française, en 1481, « et le roi profite de son port pour commercer avec les ottomans et construire une alliance politique avec leur empire. Il engage des aménagements qui vont transformer la ville, dotée d’un arsenal de galères mais l’essor est stoppé par la Grande peste de 1720, dont le bacille présent dans les cales du Grand Saint Antoine allait emporter la moitié de la population. » La séquence suivante raconte comment les populations provençale et étrangère « vont donner un nouveau souffle à la ville, l’installant comme une grande place de négoce, un port mondial ouvert sur les océans. La création de l’Académie fait briller sur la cité le soleil des Lumières et place Marseille à la pointe du rationalisme et de la science. Le peuple de Marseille s’affirme comme l’un des fers de lance de la Révolution française. »
« L’industrie cède la place aux services, à la culture, au tourisme »
Après l’expédition d’Alger, en 1820, soutenue par la Chambre de commerce, la ville passe de 130 000 à 550 000 habitants, le port de la Joliette est créé, l’eau de la Durance arrive au Palais Longchamp, « des ouvriers venus des Alpes puis d’Italie travaillent dans les usines, la ville du Second Empire se pare de nouveaux monuments. »
Marseille entre dans la modernité avec les migrants fuyant les guerres, qui arrivent (Arméniens) ou qui partent (juifs allemands). Le tumulte du monde la marque durablement, de la destruction des quartiers du Vieux Port à l’édification à toute allure de grands ensembles pour loger les réfugiés de l’Empire colonial. « L’industrie phocéenne cède la place aux services, aux activités culturelles et touristiques, les nouveaux aménagements modifient profondément la cité phocéenne. »
« Où va Marseille ? », interroge la dernière séquence qui répond prudemment : « Son évolution sociale, économique et culturelle ainsi que ses mutations architecturales et urbaines sont observées attentivement par les autres villes européennes comme un laboratoire d’idées et de projets. »
Ce nouveau musée mettra en œuvre toutes les ressources des technologies de l’information et de la communication pour permettre aux visiteurs de s’approprier l’Histoire de Marseille, le virtuel étant appelé à « augmenter le réel » selon l’expression d’Alain Dupuy, son concepteur multimédia. « Dès l’entrée, un pan de mur se transformera en image ultra haute définition, comme une fenêtre sur le passé lointain lorsque la Grotte Cosquer était encore hors des eaux. On la visite et on assiste à l’évolution de notre littoral et de notre paysage à travers les siècles. »
Le musée Jean-Claude-Gaudin
A l’étage, des écrans vidéo transparents « superposeront des explications animées sur les objets présents et à l’autre bout du parcours des modèles numériques des systèmes d’information géographique offriront une sortie par la porte du Marseille de demain. « Ainsi, les choses ne seront pas expliquées mais vécues, racontées, humanisées », se plaisent à dire les pères et mère de ce haut-lieu de culture à nul autre pareil : Laurent Védrine, le conservateur, Daniel Hermann et André Malrait, les adjoints à la culture, Roland Carta et Adeline Rispal, les architectes, Alain Dupuy, le concepteur multimédia, mais encore Loïc Fauchon, le PDG de la Société des eaux de Marseille et les dirigeants de Kaufmann & Braud, autres mécènes, Claude Bertrand, le directeur de cabinet du Sénateur Maire de Marseille, qui suit pas à pas l’avancement du chantier et vérifie chaque semaine que les délais sont tenus, et, bien sûr, Jean-Claude Gaudin.
Le Maire, qui « ne dit pas souvent je », reconnait volontiers qu’il s’est investi personnellement dans ce projet du nouveau musée d’Histoire. Il l’a voulu. Hommage aux quinze années durant lesquelles il a enseigné l’Histoire ? Sans doute. Jean-Claude Gaudin a une vraie passion pour la matière qu’il sait enrubanner comme personne d’anecdotes savoureuses. Mais surtout il a chevillé au cœur la passion de sa ville. Il la sert depuis quarante-cinq ans, dont bientôt vingt à la tête de l’Hôtel de ville. Et même s’il n’est pas au terme de sa carrière politique, qu’il pourrait bien décider de prolonger en sollicitant un nouveau mandat de maire, en 2014, il pense à la trace qu’il laissera.
A travers Euroméditerranée, ses tours, la capitale européenne de la culture, ses monuments nouveaux comme le Mucem ou la transformation du Silo, la Buzine et Longchamp, avec le tramway, le Parc du XXVIe centenaire et le programme de la Capelette, la gare Saint-Charles, la Faculté de la Canebière, l’Espace Villeneuve Bargemon, la piétonisation du Vieux Port, l’extension et la couverture du Stade Vélodrome, la réhabilitation de trente-cinq îlots immobiliers du centre-ville, la reconfiguration de la Porte d’Aix, la liste est longue des opérations d’embellissement de la ville que Jean-Claude Gaudin aura initié et piloté. Certes, il reste beaucoup à faire, notamment pour loger ceux qui n’ont pas de toit du tout ou pas de logement décent, donner du travail à tous et assurer la sécurité de chacun. Cependant, sous ses trois mandatures Marseille aura pris volontairement un virage qui la fait entrer dans l’ère de l’industrie touristique censée prendre le relais des activités économiques traditionnelles défaillantes. Un pari stratégique.
Ce virage-là porte la signature personnelle de Jean-Claude Gaudin et de son équipe. Le musée d’Histoire la gravera dans le marbre visuel et virtuel d’une épopée qui a déjà entamé son vingt-septième siècle d’âge.


