Le patron de la majorité municipale de Marseille, l’avocat Yves Moraine, est un élu en colère. Contre ces media qui ne cessent de présenter Marseille comme une ville malade. « D’accord, pour dire qu’il se passe des événements très graves mais c’est assez de ne voir toujours qu’un seul côté de la réalité. Qu’on arrête de nous trainer dans la boue. » Et d’annoncer que désormais, « chaque fois que Marseille sera attaquée la municipalité répondra sur le fond. » « Touche pas à ma ville », répète-t-on du côté de l’Hôtel de ville.
La scène se déroule dans la Grande synagogue de la rue Breteuil, en centre-ville. Ce soir-là, en pleine semaine de Roch Hachana, la communauté israélite reçoit les autorités de la ville pour un échange traditionnel de vœux. Le Maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, est resté au Sénat, en grande effervescence après l’élection du socialiste Jean-Pierre Bel. C’est son adjoint chef de la majorité municipale, Yves Moraine, qui le représente.
« Scribouillards en mal d’inspiration »
Invité à prendre la parole, l’avocat studieux et méthodique fait un tour de ville très complet dans un long propos charpenté. Il parle de ce qui va. Les réalisations, spectaculaires comme l’opération Euroméditerranée, les cinquante projets culturels préfaçant l’année capitale européenne de la culture, les apports de la communauté juive au « vivre ensemble » d’une ville qui s’aime dans son cosmopolitisme. Il énumère aussi ce qui ne va pas. La demande de plus de sécurité, la saleté et l’asphyxie des rues. Et c’est à ce moment-là qu’il va piquer un coup de sang.
En ligne de mire : « Les scribouillards en mal d’inspiration qui ne voient jamais de Marseille que sa face sombre ». C’est dit. L’auditoire applaudit. Les quotidiens et magazines parisiens ont multiplié les Unes assassines pour Marseille ces temps-ci. Pour Yves Moraine, trop c’est trop. « On nous traîne dans la boue. D’accord, tout n’est pas parfait et il se passe des événements très graves mais il faudrait voir aussi ce qui est positif comme le font les medias étrangers. »
A tous ceux qui l’appelleront le lendemain, le plus souvent pour le féliciter de son audace, Yves Moraine répètera la même chose : « Nous ne demandons pas qu’on nous passe de la pommade, nous réclamons un traitement équilibré. Nous refusons de voir notre ville devenir le nouveau marronnier d’une presse qui, pour vendre, ajoute à ses marronniers sur l’immobilier, les francs-maçons, les vins et les hôpitaux, les séries sur Marseille, ville malade, à chaque fois qu’un événement vient déchirer l’actualité. Est-ce qu’on tape sur Lyon à cause de l’affaire qui touche sa police ? Non, alors qu’on laisse Marseille en paix. »
Au début des années quatre-vingt-dix Marseille a déjà dû faire face à un phénomène de même nature et d’ampleur égale. « Je me souviens en effet que mon confrère et bâtonnier, Roger Malinconi, créa en réaction l’Association pour la promotion et la défense de l’image de la ville de Marseille, dit Me Moraine. Son idée était d’attaquer en justice. Ce n’est pas la nôtre aujourd’hui. » Mais, alors que s’annoncent de nouvelles livraisons qui feront un amalgame entre « les magouilles, les Roms et l’OM » le patron de la majorité de Jean-Claude Gaudin prévient qu’il rendra coup pour coup en direction de ceux qui ne voient plus Marseille qu’ « en noir et blanc avec des chaussures bicolores. Chaque fois que Marseille sera attaquée nous répondrons sur le fond ».



