Passant de la parole aux actes, l’archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier, vient concrètement en aide aux Rroms qui vivent dans des conditions de très grande misère dans les rues de Marseille. Il a déniché un immeuble appartenant au diocèse pour mettre à l’abri six familles de dix personnes. Mais Jean-Claude Gaudin, alerté par les voisins, s’y est opposé. La commission de sécurité a trouvé une installation de gaz hors norme pour justifier une interdiction d’occuper l’immeuble.
Depuis des mois plusieurs dizaines de familles Rroms se sont établies à Marseille, au bord des routes et autoroutes, sur des places comme la Porte d’Aix, dans des squats et jusque sur la rue. Jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, qui, à intervalles irréguliers, les expulsent et détruisent leurs abris de fortune, elles errent de squat en squat. D’une église ou d’un immeuble désaffecté à un carrefour, d’un groupe d’épaves de campings car à un terrain vague.
« Les solutions doivent être généreuses »
Inacceptable aux yeux des autorités, investies du devoir de faire respecter tranquillité et ordre publics, la situation des Rroms est jugée insupportable par les responsables marseillais des églises chrétiennes. « Les Rroms ne sont pas d’abord un problème ou une question. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants. Les solutions doivent être individuelles, généreuses, raisonnables », déclaraient l’archevêque, Mgr Pontier, le Pasteur protestant réformé, Frédéric Keller et le Père orthodoxe Joachim Tsopanoglou, le 12 septembre 2010, dans un communiqué commun. Par la suite, profitant de la cérémonie locale du Vœu des échevins, l’archevêque enfonçait le clou. Dénonçant « les soifs illusoires de richesses, l’égoïsme individuel ou collectif, l’indifférence, les peurs, la corruption qui abîment nos cœurs fragiles », il invitait « à bâtir des chemins d’avenir à partir des plus fragiles ».
Dans sa Lettre pastorale, qui fixe le cap du diocèse pour plusieurs années, Mgr Pontier insistait : « Nous ne pouvons pas annoncer l’Evangile sans nous faire proches des plus petits, des plus pauvres (…) Nous nous devons d’être parmi les premiers qui luttent pour plus de justice, de solidarité, de respect des plus pauvres. »
Cet engagement fort, souvent répété, a fortifié l’action des groupes de chrétiens qui, sur le terrain, dans la rue et dans les cités, se tiennent auprès des sdf, des Rroms comme de tous les blessés de la vie, tendent la main, réconfortent et pansent les plaies sociales. A Marseille, l’Eglise renoue dans la ferveur avec le catholicisme social militant de la fin du XIXe siècle.
Un immeuble dans le quartier Saint Pierre

Jean-Claude Gaudin, Sénateur Maire de Marseille, estime avoir fait plus que son devoir envers les Rroms
Même si l’archevêque se défend de vouloir faire la leçon à qui que ce soit, ses propos et maintenant ses actes, heurtent à l’Hôtel de ville le très catholique et très pratiquant Jean-Claude Gaudin. Ayant créé un Samu social municipal, financé plusieurs centaines de places en centres d’hébergement d’urgence, assuré l’accueil gracieux des enfants démunis dans les cantines de la ville, le Sénateur Maire UMP estime avoir rempli plus que son devoir. Il l’a encore dit lors du dernier conseil municipal. Mais des dizaines de familles vivent toujours dans la rue, des enfants se lavent dans les caniveaux du centre de Marseille ….
En l’absence de réponse politique à la question des Rroms, l’archevêque a donc bâti une première solution concrète. Un immeuble classique du quartier Saint-Pierre (5e), inoccupé, a été ciblé. Dans les six appartements, l’Ampil, Action méditerranéenne pour l’insertion par le logement, véritable bras armé du diocèse sur le terrain de l’humanitaire et de l’action sociale avec le Secours catholique, va pouvoir loger six familles Rroms soit, au total, une soixantaine de personnes.
Veto de la commission de sécurité
Leur installation a cependant été retardée après que des voisins ont dénoncé leur arrivée et réclamé l’intervention de la municipalité. Le sénateur UMP, Bruno Gilles, maire de secteur, est le premier monté au créneau : « Je suis chrétien mais ma casquette d’élu m’oblige à soutenir la population. Le quartier n’en veut pas. » L’intervention de l’adjointe à l’Hygiène n’ayant pas permis de justifier un arrêté de péril pour insalubrité, l’adjoint en charge de la sécurité, le bâtonnier José Allegrini, a été dépêché sur les lieux à la tête de la commission de sécurité. Laquelle a, mercredi matin, opportunément trouvé des défauts à l’alimentation en gaz de ville.
L’installation des Rroms a été retardée. Mais l’archevêque, qui se refuse à toute polémique publique sur le sujet, a ordonné les travaux nécessaires sur ce bâtiment diocésain. Elle ne devrait donc pas être empêchée. A moins que Jean-Claude Gaudin, dans ce mano a mano avec l’archevêque, ne trouve une nouvelle faille au dispositif que celui-ci met en place afin que s’exprime plus complètement la solidarité envers les damnés de la Terre.



