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Elles sont géniales les Marseillaises !

En proie à ses vieux démons, Marseille sera sauvée par les femmes. Celles-ci y déploient une énergie et une créativité incroyables. Dans tous les domaines. Trois exemples parmi beaucoup d’autres. Comme autant de raisons de croire à la renaissance de cette ville.

 

Le renouveau du théâtre d’ombres

 

Laurence Villerot est folle de théâtre et d’opéra. En qualité de scénographe, elle a travaillé avec des metteurs en scène de France et de Belgique depuis une vingtaine d’années. Elle aime passionnément son métier et n’a pas du tout l’intention de raccrocher. Mais, chemin faisant, elle s’est découvert un autre amour, pour le théâtre d’ombres. En tombant par hasard sur une gravure du XIXe représentant des enfants animant des silhouettes devant une source lumineuse. « J’ai eu envie de retrouver ce mode d’expression qui n’est plus présent chez nous que dans les musées. »

 

Elles sont géniales les Marseillaises!

Laurence Villerot dans son atelier de la rue de Crimée présente son théâtre d'ombres, petit et grand formats

Entre deux décors de théâtre, Laurence a fabriqué une maquette pour son fils, un petit théâtre en kit à partir de six pièces qui s’emboitent facilement. Un livre, deux histoires, des silhouettes et des baguettes munies de pastilles scratch pour les animer. Et l’indispensable lampe de poche au réflecteur noir comme source lumineuse. L’enfant a été conquis. Elle  s’est alors imaginée fournissant tous les gamins de France et de Navarre en théâtres, silhouettes et historiettes qui vont avec ….

 

A cette époque, elle n’avait pas idée de la somme d’efforts, de démarches, d’heures de travail, de moments d’exaltation et de phases de découragement qu’il lui faudrait aligner pour passer de l’idée au produit. Mais Laurence Villerot ne lâche rien. Sept ans plus tard, son théâtre d’ombres existe sous deux formats, en petit et en carton pour la maison (prix conseillé 45€), en grand et en bois pour les collectivités (prix conseillé 399€). Il a un  fabricant, Soproform, un cartonnier du 15e arrondissement de Marseille pour le théâtre portatif et son propre atelier, rue de Crimée, pour l’objet en bois. Il est déjà reconnu : le Salon du jouet de Paris lui a attribué le Prix tendance 2012. Plus d’une vingtaine de boutiques à travers la France, la Suisse et la Belgique ont mis ses produits en vitrine ; la
vente en ligne démarre sur cocodenhaut.com.

 

Un millier de théâtres en carton ont été réalisés, 600 déjà vendus. En janvier, elle relance la fabrication avec des ambitions plus larges « mais toujours raisonnables ». Laurence Villerot est pragmatique, elle avance pas à pas. Ayant démarré au sein de la couveuse d’entreprise Provence création d’entreprises, elle va maintenant fonder sa société. Avec une mise de départ de 40 000 à 50 000 €, toujours sous l’enseigne Coco d’en haut, le petit nom de sa grand-mère aujourd’hui disparue, sa bonne étoile. Elle a le projet de recruter, en plus de la comédienne qui anime ses ateliers pour parents et magasins, un commercial, pour élargir la diffusion encore confidentielle. Et déjà elle complète le catalogue avec
une « recharge »: des baguettes, des silhouettes et de nouvelles histoires (15€). Sur les chemins de la réussite, on  n’a pas fini de parler de Coco d’en haut. (contact@cocodenhaut.com)

 

Territoires solidaires renforce l’efficacité des ONG

 

Priscilla Rigot-Muller est tombée toute jeune dans la marmite de l’humanitaire. Après quatre années passées en Afrique dans le suivi de programmes de développement pour le compte de la Commission européenne puis pour les Affaires étrangères françaises, cette trentenaire est devenue, en 2008, la directrice exécutive d’HumaniTerra, une organisation non gouvernementale basée sur le Prado, à Marseille, de 70 chirurgiens, 35 anesthésistes, 30 médecins, 80 infirmières, spécialisée dans la transmission du savoir et des moyens aux populations du sud, « de manière à rendre les équipes locales autonomes ». Elle intervient sur tous les théâtres de conflits et de catastrophes, comme en Afghanistan et en Haïti où elle s’est retrouvée côte à côte avec d’autres humanitaires originaires des régions marseillaise et provençale. « On ne se connaissait pas mais nous étions voisins avec plein de problèmes en commun. »
Alors Priscilla a fondé Territoires solidaires. Une tête de réseau où les ONG de PACA peuvent s’informer, se former, éduquer en commun au développement, les jeunes et les mécènes.

Elles sont géniales les Marseillaises

Priscilla, à droite, et la directrice de Territoires solidaires

 

Territoires solidaires, créé à l’été 2012, a déjà identifié plus de trois cents actions menées dans 77 pays par des associations de la région. « Tout le monde fait de la coopération internationale, les collectivités, les entreprises, les particuliers, explique Priscilla. En les fédérant au travers de petits déjeuners, de journées portes ouvertes, etc., nous leur permettons d’augmenter leur efficacité sans dépenser plus, ce qui est majeur à l’heure où l’argent se fait rare. »

 

A terme, la présidente fondatrice de Territoires solidaires voudrait pouvoir mixer les projets pour rendre les multiples actions de coopération décentralisée partant de PACA encore plus performantes. Pour le prix d’un budget de seulement 150 000 € apporté par le ministère des Affaires étrangères et les cotisations des membres qui reconnaissent la valeur et l’utilité du réseau.

www.territoires-solidaires.com et contact@humani-terra.org

 

Après la Joliette, Saumaty : le nouveau défi du Cafouch

 

A 42 ans, Nathalie Krug entame sa troisième vie professionnelle. Elle a d’abord fait dans le marketing, au service de grandes enseignes comme Robuchon, Fleury-Michon et L’Oréal. Puis, suivant son mari muté à Marseille, elle s’est lancée dans la restauration. Un peu par hasard. « J’en avais marre de mal manger dans les restaurants que mon métier m’amenait à fréquenter; mes amis louaient ma cuisine. » Et puis il y eut cette
rencontre avec une journaliste argentine, Elsa Manelphe. « Elle adorait cuisiner, était douée d’un vrai talent. » Ensemble, elles ont ouvert le Cafouch aux saveurs, à la Joliette, rue Mazenod. Gonflé car en 2005 le quartier vivait encore dans l’espérance d’un renouveau. Mais bien vu. Le tramway, les nouveaux immeubles de bureaux, la restauration
des Docks ont vite amené dans le secteur des milliers de bouche à nourrir.

 

Elles sont géniales les Marseillaises!

Nathalie Krug à la table de son deuxième Cafouch aux saveurs

 

Avec un concept ultra simple, « des produits frais, un plat par jour et un buffet aux saveurs douces et originales », adossé à des prix très raisonnables -le ticket moyen est à 19€- les 65 places en salle et 12 en terrasse du Cafouch ont vite fait le plein. « Notre cuisine a plu. On a proposé trois puis six plats par jour », se souvient Nathalie qui a dû renforcer son effectif pour faire face. « C’est là qu’Amine nous a rejointes. »


Il était dentiste en Algérie mais ses certificats n’étant pas reconnus en France
Amine s’était lancé dans la pâtisserie orientale, son talent caché. Il avait pignon sur rue, boulevard de la Libération. D’abord fournisseur du Cafouch, il a accepté de prendre la salle en charge. Puis est venue Audrey, une cuisinière de métier de 21 ans, quand Elsa a regagné Buenos Aires. L’équipe s’est étoffée mais la carte n’a pas varié d’orientation : « Nous proposons une cuisine du monde à base d’une trentaine de plats parmi lesquels nous puisons le menu du jour en fonction des saisons, du marché, de nos humeurs, des demandes des clients aussi avec lesquels nous entretenons une relations très suivie. »

 

Le menu est en effet envoyé préalablement à 400 adresses électroniques. Toujours accompagné d’un petit mot d’humour. « Nos clients l’attendent et répondent. » Ça crée des liens. Bref, en sept ans Nathalie Krug et son équipe ont solidement installé la renommée du Cafouch qui ambitionne de ne rester que ce qu’il est. « Nous ne visons pas la restauration gastronomique, seulement le manger frais et goûtu, tous les jours dans un modèle économique à tenir. »

 

Sept ans après le lancement du Cafouch, Nathalie Krug, ne tournait pas en rond mais l’envie de se lancer dans une nouvelle aventure la démangeait. « J’avais appris à bien faire mon métier, j’étais capable de tenir tous les postes. » Quand tombe l’offre d’une location attractive dans la Zone d’aménagement concerté de Saumaty-Séon. Les immeubles de bureaux y poussent comme des champignons. Médiaco, Manpower y ont leur siège. Le lieu est improbable, un garage au pied d’un cube métallique au 21, rue Gaston-Castel, tournant le dos au port et à la Méditerranée, un peu à l’écart de l’axe Mourepiane-Grand littoral. Rien de sexy. Mais Nathalie Krug est une femme de défi. Elle se lance et entraine à ses côtés ses principaux collaborateurs comme associés, Amine, le serveur et Audrey, le chef. La désormais chef d’entreprise, à la tête d’une douzaine
de salariés, sait motiver ses troupes.

 

Elles sont géniales les Marseillaises

L'équipe du deuxième Cafouch aux saveurs. De gauche à droite: Adamo, 21 ans, commis de cuisine (et footballeur amateur à l'OM), Emilie, 26 ans, serveuse, Audrey, 27 ans, chef et associée, Amine, 48 ans, adjoint, serveur et associé, Saïd, 48 ans, plongeur et Nathalie Krug. Manque sur la photo: Benjamin, 35 ans, serveur.

Le deuxième Cafouch a ouvert à l’automne après 120 000€ d’investissement dans les cuisines et la décoration de la salle. Sur la table, on retrouve les plats que l’équipe aime
préparer et qui ont fidélisé la clientèle de la Joliette : le tartare taï, la papillote de saumon à l’oseille, le cheese cake, le fondant au chocolat. Les femmes des bureaux alentour ont tout de suite été séduites par les menus sains et savoureux. « Mon resto équilibre », c’est le sous-titre de ce deuxième Cafouch sert déjà une soixantaine de couverts du lundi au vendredi. Pas suffisant pour atteindre le point mort (80) mais assez pour croire en l’avenir. « L’exercice 2013 sera négatif, prévoit Nathalie Krug, mais nous devrions sortir la tête de l’eau l’an prochain. » Si tel est le cas, ce qu’on lui souhaite, Nathalie Krug pourra envisager le déploiement du concept sur beaucoup d’autres sites car elle aura fait le plus dur : implanter le bien manger dans une zone jusqu’alors seulement convoitée par la restauration rapide.

info@lecafouch.com